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Nouvelle lecture passionnante et sous tension dans le cadre de l'opération "Les 68 premières fois". Merci aux éditions Seuil Collection Cadre Noir et aux "68".
Quatrième de couverture :
Allongée au bord de la rivière, cachée par les saules pleureurs, Marie, dix-sept ans, semble paisible, endormie, ce que démentent les marques sombres sur son cou.
Sa mort brutale ébranle toute la communauté, et surtout Marguerite, une petite fille solitaire que tous croient simple d’esprit. Ses parents, peu enclins à manifester leur affection, travaillent leur terre du matin au soir. Livrée à elle-même, maltraitée à l’école, elle aime se réfugier au bord de la rivière où elle se sent en sécurité sous les saules.
C’est là qu’elle a vu quelque chose, cette nuit-là. Elle voudrait bien aider Marie, la seule qui était gentille avec elle. Mais voilà, Marguerite ne parle pas, ou presque jamais. Mutique derrière sa chevelure sale et emmêlée, elle observe l’agitation des adultes qui, gendarmes ou habitants, mènent l’enquête. Mais comment discerner la vérité parmi les rumeurs de village, les rivalités familiales et les rancœurs tissées de longue date ?
Avis et commentaires :
Roman des plus oppressants par les tensions qu'il engendre. Dans un genre difficile et abondamment pourvu par ailleurs ; celui du roman noir et disparition d'une adolescente, Mathilde Beaussault arrive à tirer son épingle du jeu par une écriture forte et originale et entraine ses lecteurs dans un récit de plus de 270 pages où l'on retient son souffle et on multiplie les hypothèses sur l'identité du coupable et cela jusqu'au point final inattendu.
Plongeons dans un village de province, entre campagne et gros bourg s'affrontent deux mondes âpres, laborieux celui des fermiers, paysans où l'eau et les terres sont essentielles à leur survie et celui d'un couple de pharmacien, jugé trop dédaigneux et aimé de personne. Chaque monde a ses problèmes, ses tensions comme l'illustre celle qui sera la clé de tout le récit ; Marguerite, jeune fille effacée, un peu attardée et Marie l'adolescente et la victime de ce récit. Si la première est plutôt sauvageonne, quelconque, à l'hygiène et aux vêtements sales et déchirés victime du harcèlement de ses camarades et peu aimée par ses parents, la seconde est "bien née", c'est la fille des pharmaciens, jolie voire "dévergondée et facile" par les gens du hameau. Aussi si l'ensemble du bourg est choqué par son meurtre, les arrière-pensées peu amènes demeurent et la pitié ou la compassion avec les parents de Marie restent bien faibles.
Nous découvrons toute la trame de ce polar sombre avec les descriptions des principaux habitants du village, leur faiblesse, leur violence parfois, leur passé parfois chargé et ce notamment à travers leur témoignage devant le capitaine des gendarmes de la ville et d'une enquêtrice plutôt habituée à ces histoires criminelles mais pour autant l'un comme l'autre restent complétement à l'arrière plan de ce polar (c'est une des originalités du mode d'écriture de Mathilde Beaussault) et ne sont quel les spectateurs passifs de ce qui va se terminer en un nouveau drame. Au coeur de ce récit c'est bien Marguerite qui est notre guide et qui a toutes les clés de l'affaire sordide jusqu'à son dénouement.
Âpre, noir, sombre, un sens descriptif des plus aigus tant dans le décor que dans les acteurs et victimes. Un grand plaisir de lecture.