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Livre écouté grâce aux conseil de Cassiopée (qui se reconnaitra) et qui m'a passionné et m'a rappelé un autre livre lu, avec le même engouement, celui de Pierre Lemaître mais dans un autre registre.
Quatrième de couverture :
Sur le champ de bataille, un obus éclate. Abel n'écoute que son courage et, au péril de sa vie, sauve un inconnu d'une mort certaine.
Alors qu'Abel est en convalescence dans un hôpital de fortune, un officier défiguré vient occuper le lit voisin. Abel est ouvrier, Adrien est médecin : un gouffre social les sépare et jamais ils ne se seraient rencontrés dans la vie civile. Mais ici, dans ce lieu hors du temps, ils ne sont plus que deux hommes en souffrance.
Adrien s'intéresse à la vie d'Abel. Privé de l'usage de la parole, il écrit sur un cahier d'écolier pour communiquer. Abel, peu instruit, lit avec difficulté. Entre paroles et écrits, l'officier et le soldat partagent au fil des jours ce qu'ils ont de plus intime, de plus enseveli… jusqu'à découvrir que leurs chemins, avant la guerre, se sont déjà croisés.
Avis et commentaires :
Un texte d'une grande sensibilité, on ne pouvait pas trouver meilleure illustration de ce que l'on appelle la notion de "frères d'armes" que ce récit à deux voix majeures ; celle d'Abel et d'Adrien dans ce qui reste la plus sordide et inhumaine des guerres mondiales ; la première.
Il fallait vraiment réussir à construire ce récit, cette rencontre forte, marque d'un destin commun que l'un et l'autre n'avaient pas imaginé en se retrouvant dans un hôpital militaire où les éclopés, mutilés et "gueules casées" en marge des champs de batailles de ce terrible conflit. En fait ces deux hommes, sans le savoir, se sont connus dès l'enfance et alors que tous les opposaient; classe sociale, parcours familial, études et carrières, la guerre va les faire se retrouver pour une véritable fraternité d'armes autour d'une reconnaissance des vertus de chacun. Valérie Paturaud réussit ce pari exceptionnel.
Outre les descriptions précises de cette terrible période et de la réalité crue de ces massacres et douleurs sur les champs de bataille, ce sont les destins de ces anonymes, dans leurs souffrances, espérances et craintes de devoir se confronter au regard des leurs, des gens devant des êtres marqués si durement dans leur chair avec pour certain des visages détruits que seuls ceux qui l'ont vécu peuvent comprendre. Pour Abel, homme simple, rustre peu éduqué et simple ouvrier, ce sont ses jambes et pour Adrien, médecin prometteur, lettré, passionné de lecture et de musique, son visage, sa mâchoire et l'usage de sa voix. Le premier sauvant le second d'une mort certaine, par un hasard exceptionnel va se retrouver voisin de lit et témoin de la très longue réparation du second mais surtout son confident et enfin son ami de douleurs. Par leurs échanges, ils vont découvrir qu'ils se sont déjà à plusieurs reprises confrontés avant de devenir par la guerre et ses dommages des "frères" au destin tragique.
Alors que les chemins d'Abel et d'Adrien vont à nouveau se séparer lorsque le second est enfin autorisé à retrouver, non sans crainte de leur regard, femme et fille pour pouvoir tenter de se reconstruire (physiquement et moralement), c'est avec passion et espoir que le lecteur va suivre enfin la quête d'Adrien à retrouver celui qui lui a permis de survivre et de revenir parmi les vivants alors qu'Abel disparaît des radars jusqu'au dénouement final.
Admirable le talent d'écriture et de rendu d'une véritable galerie de portraits qui va être le fil rouge de ce récit, des gens torturés, des gens simples de toute catégorie sociale, des femmes victimes, des femmes fortes, des familles tourmentées l'ensemble balloté par cette période si sombre et meurtrière.