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Un grand merci aux Editions Denoël et à l'équipe des 68 Premières Fois pour cette nouvelle lecture.
Quatrième de couverture :
"Le bourg était perdu au fond d'une vallée d'altitude accessible par une route unique et sinueuse. D'après la vue par satellite, la clinique ressemblait à un village dans le village, avec ses petites maisons blanches aux toits rouges agencées en rond. Un décor de boule à neige, qui ne demandait qu'à être saisi et retourné. Un paysage de conte, dont elle faisait désormais partie."
Brillante journaliste, Charlie Archambault est aussi mythomane. Un scandale éclate quand son reportage le plus célèbre se révèle largement falsifié.
À la recherche d'une contrée où échapper à l'opprobre, Charlie repense à l'étrange bourgade du Haut-Valais où son auteur favori, le Suisse Robert Walser, a passé vingt-trois ans coupé du monde, au sein d'une clinique psychiatrique. Là-bas, Charlie fait l'expérience de la liberté ultime : ne plus subir la pression de "devenir quelqu'un", se contenter d'être.
Portée par un souffle nouveau, elle fonde une entreprise qui aide des âmes en peine à s'évaporer sans laisser de trace.
Un premier roman à l'imagination décoiffante, une héroïne hors du commun.
Avis et commentaires :
Une nouvelle auteure découverte, ce qui n'aurait probablement été le cas sans cette opération.
Autant dire que cette lecture commençait plutôt mal, les premiers chapitres me laissèrent plutôt sceptique sur sa poursuite ; le décor est lent à être mis en place et on a du mal à identifier tous les protagonistes de ce récit. J'ai heureusement passé outre mes premières craintes pour le découvrir intégralement et avec ravissement.
Dans le détail, le lecteur se trouve plongé dans un village de Suisse près d'un lac et plutôt sordide avec les jalousies, les à priori séculaire entre la partie haute et basse de cette ville. Deux particularités à ce cadre ; une certaine activité sismique et une sordide "journée des sorcières" où la violence est autorisée, voire encouragée dans de violents défilés de masques et déguisement.
Les jalousies et haines y sont nombreuses et pourrissent définitivement l'ambiance locale. Des familles plus ou moins fortunées s'opposent depuis plusieurs générations et la gendarmerie locale est plutôt corrompue. On y trouve un centre de traitement des troubles psychiatriques en grande déliquescence financière et soutenue partiellement par la veuve d'une millionnaire plutôt excentrique.
Le docteur Merveille y officie depuis longtemps avec un véritable souci vis à vis de ses patients. L'écrivain Robert Walser y a effectué un long séjour et c'est un peu les seules lettres de noblesse de cet établissement. C'est aussi le lieu d'une première disparition qui a marqué l'histoire ; une jeune adolescente, Lotte, s'y est peut-être noyée et sa mère a aussi disparu. Avec le décès de sa mère qu'il n'a pas réussi à sauver, la disparition de Lotte qu'il suivait, Joseph Merveille est miné depuis des années. L' usage de cannabis qu'il cultive, prodigue à quelques patients mais surtout consomme c'est ce qui l'aide à tenir face à une manque de patients et aux soucis financiers de sa clinique.
L'arrivée d'une certaine Charlie Archambault, journaliste en rupture va brusquement bousculer la vie de ce village. C'est ce qui fait que le lecteur va alors se retrouver happé par le livre. Elle se fait connaître auprès de Joseph Merveille, tout d'abord en prétextant que sa passion pour Robert Walser et un certain burn-out l'amènent ici, en fait elle n'est ni plus ni moins que la jeune Lotte que tout le monde croyait morte. Ce retour ne sera pas sans répercussion sur la vie de la clinique comme de la bourgade, une lente mais certaine déflagration est enclenchée. Soucieuse de revenir sur ses pas, de rompre avec tout ce qui l'avait constitué depuis sa fuite, Charlie va aussi s'impliquer dans le sauvetage financier de la clinique en mettant en place une véritable opération commerciale de haute contribution pour les personnes qui souhaitent, pour des raisons avouables ou non, disparaître aux yeux de la société dans laquelle ils vivent mais aussi pour sauver, gracieusement, de la violence l'épouse du chef de la gendarmerie, ce qui va donner un côté polar à ce roman. Tout cela avec la complicité réticente du docteur Merveille, qui ne veut voir dans ces opérations que l'occasion d'apporter aux candidat(e)s à la disparition une certaine analyse psychanalytique et une aide au maintien de sa clinique/
Réflexion sur la nécessité morale ou non de disparaître sans laisser de trace, de se reconstruire après un traumatisme violent, une analyse de soi et de cette nécessité présumée de ne dépendre de personne et de suivre sa seule liberté individuelle. Un roman à ne pas abandonner aux premières pages.