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Nouvelle et dernière lecture de cette sélection des 68 Premières Fois de Janvier 2020.

Quatrième de couverture

« Il n'y a plus que la cuisine et le mari, le ciel gris derrière la mousseline des rideaux, et ce présent dont il faut bien se contenter. Ce présent est sa prison. Plus jeune, elle l'a supporté parce que, concevant l'avenir comme un espace vierge, un monde à lui tout seul, elle a cru que celui-ci prendrait un jour la place de celui-là et changerait le goût de sa vie. Mais le temps n'a fait que traverser son corps. Il est passé, la laissant là, inchangée avec sa façon d'appréhender les choses et les gens. L'avenir s'est rétréci tellement qu'il s'est confondu avec le présent et empêche désormais toute espérance de se déployer.» Chaque soir, Marie commence sa ronde : il faut être certain que tout est bien fermé, chaque volet, chaque fenêtre, que l'on n'a surtout pas oublié d'éteindre la lumière. Marie est une vieille femme : elle ne veut pas être dérangée. Elle veut que chaque chose soit à sa place, que chaque jour s'écoule comme la veille, sans imprévu, sans douleur, qu'elle puisse contempler tout ce que la vie lui a permis de rassembler et d'accumuler : les objets, les photos, les souvenirs. Aujourd’hui cette vie sans histoires lui convient. Mais, avant, elle voulait vivre, elle cherchait la passion et les drames, la souffrance, la sienne et celle des autres, de tous ceux qui l'entouraient. Elle s'est mariée, a eu deux enfants, elle a hérité de la maison de ses parents, mais a-t-elle vécu ? Et comment a-t-elle vécu ?

Avis et commentaires :

Un roman à nouveau original dans son écriture et son mode narratif comme dans le fil du récit...

On ressort de ce livre de 360 pages avec un sentiment de grande tristesse tant les mots y sont crus, à l'image des rapports qu'entretient Marie, la narratrice, avec sa famille et son récit familial. Issue d'une famille de militaires coloniaux indochinoise prestigieuse, une certaine haute société, Marie s'éprend très jeune du charmant André Seudécourt, pour lequel elle nourrit les rêves d'un destin idéal de grandeur, même si simultanément la rencontre du brillant militaire de carrière Hervé Perrot la trouble au point de douter de son projet initial...

Un orgueil démesuré, une fierté mal placée, une éducation et l'habitude d'un milieu social assez élevé, Marie ne veut voir dans cette union qu'un destin hors pair.... un mari forcément promis à un poste de directeur d'école, au coeur d'une communauté de membres triés sur le volet, la volonté de retrouver les habitudes de la haute société militaire et coloniale, un petit monde select qu'elle s'imagine recréer....tout tombe à l'eau.... André s'avère être falot, aimant certes mais de peu d'ambitions, assez lâche en fait à l'opposé du père de Marie qu'elle idolâtre. Il va rester simple instituteur ..... bref le cauchemar pour Marie, pire un obstacle à la reconnaissance sociale tant espérée. 

De cette union naîtront deux enfants, deux garçons ; Pierre et Michel.... décue de son quotidien, Marie reporte tout son amour assez exclusif et castrateur tout d'abord sur Pierre, une enfant brillant,  Saint Cyrien, bien sûr, dont elle attend l'exclusivité de tout sentiment mais qui là aussi va se révéler indépendant dans sa vie privée et dans son choix de carrière. A la mort de celui-ci tué en Algérie et même pas en héros, c'est sur Michel le cadet qu'elle veut nourrir les plus hautes ambitions, même si Pierre reste l'enfant idolâtré de Marie.... là encore il va se construire une vie beaucoup moins prestigieuse, épouser une femme de peu aux yeux de sa mère....très vite la rupture sera consommée et bien entendu pour Marie, elle l'est par l'influence forcément nuisible de sa belle - fille. C'est la déception de trop et Marie va nourrir ses rancoeurs et ses propres échecs, la faute aux autres, à ses fils et à André.... bien sûr. Refusant tout confort, accumulant en avare tout l'argent du couple comme de ses parents, s'installer et obliger son pauvre mari à vivre dans la crasse la plus insupportable et la plus solitaire possible... Personne ne trouve grâce à ses yeux, tout le monde est coupable de l'avoir plongé dans une vie de médiocres.....responsable de son mauvais choix originel.

Un personnage particulièrement abject et ingrate, cette Marie Seudécourt, castratrice, bourreau de son mari et d'elle -même. Hervé Bel est particulièrement inspiré dans ce roman, les traits, les personnages, les débats intérieurs, la haine distillé par Marie tout sonne juste et nourrit le sentiment d'un malaise croissant chez son lecteur.

Tag(s) : #68premieresfois, #nicolegrundlinger
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