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Nouveau partenariat avec les Editions Lucifériennes et le Forum "Au Coeur de l'Imaginarium" que je remercie de cette découverte.

 

Avis et commentaires :

Pari osé mais au minimum intrigant de demander à une dizaine d'auteurs actuels, essentiellement issus du domaine du fantastique ou de la SF, de s'inspirer des oeuvres d'Edgar Allan Poe pour rédiger 10 nouvelles en mode intemporel. Ce sont donc Jean Pierre- Favard, Jean - Charles Flamion, Morgane Caussarieu, Pierre Bruhlet, Joëlle Cordiere, Quentin Foureau, Unity Eiden, Théo Gwuiver, John Steelwood et Bruno Pocheschi, qui pour le besoin de la poursuite de l'oeuvre majeure de Poe et la cause du Fantastique, sont mis à contribution.

Sur la forme de l'ouvrage, il se compose de 150 pages et d'un nombre également réparti pour chacune des nouvelles, avec de belles illustrations graphiques, les notes bibliographiques et le parcours de chaque auteur et probablement un mot d'ordre ; concision, vocabulaire clair, maîtrise du suspense et récit d'une grande fluidité. J'avoue que pour ma part, ce sont les récits les plus courts sans excès de fantastique qui m'ont plus emballé que les autres. J'y reviendrai dans le détail de mes impressions, nouvelle par nouvelle.

Si l'ombre tutélaire du maître est bien là avec en sous impression ses nouvelles majeures que sont "Le Corbeau", "La Chute de la Maison Usher" ou "Le Masque de la Mort Rouge", ce sont bien dix nouvelles originales que le lecteur découvre mêlant horreur, folie et fantastique. On peut donc déguster ces récits sans avoir lu celles de Poe mais on apprécie que mieux l'exercice de style de chacune et chacun.

La force de la démarche de ces auteures et auteurs c'est de réussir à transporter l'esprit du maître dans ses maux, ses peurs et ses thèmes de prédilection et l'influence de ses auteurs fétiches (Baudelaire notamment) à notre époque avec ses propres peurs et craintes (Sida, mort, épidémie, inconnu) en s'appuyant sur les mêmes ressorts (suspense, irréalisme, rythme, peurs humaines millénaires).

Les personnages évoqués par chacun sont souvent des écrivains en mal d'inspiration ou de sommeil, des êtres plus ou moins sains, certains plus scientifiques que d'autres ou à l'inverse des gens communs. Les sentiments les plus irrationnels prédominent ; la mort sous une forme ou une autre rôdent et l'Humanité se perd dans ses errements et égarements. Si le pessimisme est souvent de mise, les scènes gore ou trop violentes ne sont pas le seul ressort des histoires et c'est l'autre point positif de ce recueil.

 

Dans le détail :

* " Insomniaque " de Jean Pierre Favard où le narrateur, soumis aux insomnies nocturnes, pour lequel la télévision et son spectacle affligeant ni la radio ne l'aident, mais féru de l'œuvre de Poe, va se retrouver plongé dans une des nouvelles du maître au cimetière Montparnasse. Un des récits les plus courts de ce recueil au style assuré et de plein pied dans le fantastique avec son échange avec un bien étonnant être.

* " SMS " de Jean - Charles Flamion où comment insuffler avec talent les moyens technologiques de notre époque dans un inquiétant dialogue d'outre tombe et un drame de la jalousie. L'irrationnel aux frontières de nos peurs.

* "Le Masque de la Mort Lente " de Morgane Caussarieu; pour moi le récit le plus époustouflant avec une nouvelle incursion dans notre réalité avec la scénarisation du fléau universel absolu du moment ; le Sida et sa première victime historique ; la communauté gay californienne. Réussir ainsi à actualiser une des nouvelles originales, jusque dans une quasi similitude de titre, est probablement le pari le plus osé mais réussi de cette anthologie.

* ".La Valise " de Pierre Bruhler. Là encore une actualité tragique et très récente mise à contribution avec le récit d'un auteur à bord d'un bateau de croisière, confronté à un drame conjugal dans la cabine adjacente à la sienne alors que le naufrage du Costa Concordia (le mal et tragiquement nommé) et dont le sort est des plus original. Une possible explication de la disparition de certain passager.

* " Dédale " de Joëlle Cordier, avec ce récit, j'aborde là, les quelques nouvelles de ce recueil qui m'ont paru les plus difficiles d'accès mais dont la critique d'une humanité courant à sa propre perte par un excès de productivisme et d'irrespect de la nature apparaît en filagramme dans le récit de Sonia, l'héroïne de ce court récit. Ce sont les fantômes de Tchernobyl, du Tsunami de Bali ou encore plus récemment de Fukushima qui semblent évoqués.

* " Il paraît que je suis fou " de Quentin Foureau, autre nouvelle avec laquelle j'ai complètement perdu pied tant le récit du narrateur est complexe et dont je n'ai pas franchement perçu le fil.

* " Ils iront tous à la morgue " d’Unity Eiden. Rencontre prophétique et dramatique entre une psychiatre, rompue aux évaluations de criminels et autres délinquants, confrontée à un personnage délirant et à l'imminence d'un fléau millénaire. Tête à tête lourd de tension et de sous entendus.

* " Le Point de non-retour " de Théo Gwuiver. Probablement la plus fantastique des nouvelles où en plus du fantôme de Poe, flotte celui de Frankenstein.... A partir de quand un être humain peut- il être vraiment considéré comme mort... Des apprentis médecins et chirurgiens, lors d'une autopsie, sont amenés à se le demander en pensant percevoir un mouvement du corps étudié. Les nouvelles expériences dans lesquelles l'un des deux va se lancer ne seront pas sans conséquence.

* " Doppelgänger " de John Steelwood. Nouvelle mise en scène d'un écrivain, en pleine écriture de son nouveau livre qui va avoir l'avantage (ou pas) de voir le Mal en la personne du Diable poursuivi par un chasseur atypique se ré investir. Eternel combat du Mal et du Bien à la sauce Poe et Steelwood des plus convaincants dans la concision et l'efficacité.

* " Jamais plus ! " de Bruno Pochesci. Ce recueil s'ouvrait sur une sorte de premier entretien et coup de chapeau à Edgar Allan Poe, il se conclut sur ses héritiers supposés dans la littérature plus contemporaine et une drôle d'échelle et sur ce qui pour Bruno Pochesci est le ressort supposé de cette filiation....

 

Tag(s) : #Partenariat Au coeur de l'Imaginarium
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