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Encore une très belle découverte avec ce livre sélectionné par les 68 Premières Fois. Merci de ce prêt, aux 68 et aux Editions Mercure de France.

Quatrième de couverture :

Puis il s’était penché. Je m’étais approchée pour lui offrir ma joue. Mais il s’était penché encore. Et soudain, dans le choc des visages, j’avais senti l’humidité de sa bouche s’échouer au coin de mes lèvres. Je n’avais eu que le temps d’esquisser un mouvement de recul. Il avait refermé la portière, me faisant un signe de la main en me souriant tandis que la voiture démarrait et que je m’effondrais sur le dossier, essuyant mon visage avec dégoût sur la manche de ma veste en jean, le cœur battant, en retenant mes larmes. New York, septembre 1997. La jeune Cécile est étudiante. L’un de ses professeurs est un écrivain célèbre : Serge Doubrovsky, pape de l’autofiction. Entre elle et lui s’installe une relation très forte. Les années passant, la jeune femme et l’écrivain se voient, à Paris ou à New York, ils dînent ensemble, apprennent à se connaître toujours plus intimement, échangent sur la littérature et sur la vie. Bientôt, ils n’ont plus de secret l’un pour l’autre, une confiance absolue les lie. Pygmalion ou père de substitution, Doubrovsky n’est pour Cécile ni l’un ni l’autre. Du moins se plaît-elle à le croire et à le lui faire croire.

Avis et commentaires :

Une auteure dont j'avais particulièrement apprécié le style dans son livre précédent "Maestro" et dont j'étais ravi de pouvoir lire son nouveau roman.

En préambule, je dis merci.... merci de m'avoir réconcilié avec des romans autobiographiques sur la complexité, la richesse d'une relation amoureuse, ici hors de tout relation charnelle, avec un auteur célèbre. En effet depuis le calamiteux roman de Vanessa Springora, même si on n'est pas ici dans le registre du scabreux et de la perversion,  je craignais le pire mais là on en est vraiment très loin tant le style, l'écriture, les évocations, l'introspection et le rendu de la relation sont de qualité et l'histoire belle.

Une histoire d'une relation à la fois spirituelle, intellectuelle, à caractère amoureuse entre une étudiante en lettres et un "monstre" littéraire dans sa partie ;  Serge Doubrovsky entre France et USA. La narratrice, âgée d'une vingtaine d'années, découvre ce grand critique et écrivain à la vie amoureuse riche et parfois dramatique alors qu'il aborde la vieillesse, en assistant à ses cours puis en devenant une de ses intimes alors que plus de quarante ans les séparent.

C'est une relation sur la durée à laquelle Cécile Balavoine nous convie, avec des périodes de très grande proximité avec celui qui, à défaut de devenir son amant voire son mari, devient son mentor. La narratrice est une fine connaisseuse de l'oeuvre de Serge Doubrovsky, sa grande culture, son oeuvre chargée des deux ou trois femmes qui ont marqué sa vie et dont les fantômes hantent l'appartement new- yorkais où elle séjourne en colocation pendant les séjours français de Serge et tourmentent Cécile . Cette hyper-sensibilité très intime à l'oeuvre et à la vie de Serge Doubrovsky suscitera deux réactions totalement ambivalente entre ces deux êtres. Pour la narratrice une réticence, voire même un rejet quasi physique à une relation avec un homme intellectuellement et humainement séduisant mais qui pourrait être son grand-père. C'est aussi une jeune femme qui commence à peine sa vie d'adulte et qui entend vivre avec les amis de son âge, ses histoires amoureuses. Pour l'écrivain c'est l'inverse, il veut croire à un dernier amour total possible avec Cécile et ne perçoit pas l'âge et la dégénéréscence physique potentielle comme un réel obstacle. C'est un homme mûr avec ses chagrins d'enfant ayant perdu ses parents déportés parce que juifs, sa judéité, ses enfants, la perte d'une femme adorée, la séparation violente avec une seconde, le suicide d'une troisième, ses nombreuses histoires d'un jour, ses histoires d'amour en devenir, ses passions pour Freud et Proust et surtout la recherche d'un dernier grand amour.

Belle écriture fluide, sensibilité, une trame riche, une introspection vertigineuse, une exploration profonde des sentiments.... tout cela se lie et nous entraîne dans un récit passionnant. On a aussi envie de découvrir l'oeuvre de Serge Doubrovsky et on apprécie comme un clin d'oeil posthume le titre de Cécile Balavoine avec un des livres de cet auteur  ; "Un homme de passage".

 

Tag(s) : #68premieresfois, #cecilebalavoine, #grundligenicole

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