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Livre lu en partenariat avec le forum  et les Editions  "Aux Forges de Vulcain" que je remercie.

Quatrième de couverture :

Bagdad, 2007. Le père de Naïm est tué lors d'une intervention militaire américaine. Bouleversé, le jeune artiste pacifique s'engage auprès d'une bande armée. Sa compagne Sohrab, impuissante, décide de l'accompagner dans sa quête de vengeance. Mais les doutes naissants de Naïm grandissent à mesure que Sohrab lui rappelle l'absurdité de sa situation. De son côté, Niko Barnes, soldat américain, s'interroge sur son engagement. Il couche ses pensées dans des cahiers où se mêlent  souvenirs, doutes envers sa hiérarchie et culpabilité envers les Irakiens.

Les chemins des personnages finiront par se lier au hasard d'évènements sur lesquels ils n'ont aucune prise, absurdes et brutaux, car nés d'une guerre dont la justice échappe à tous. Qu'est-ce qu'un ennemi ? La vengeance peut-elle appeler autre chose qu'une violence égale en retour ?

Avis et commentaires :

Passionnant et implacable roman moderne et humain de bout en bout, le diagnostic dressé est sans appel et totalement bouleversant. Récit polyphonique où oppresseurs/ oppressés, victimes et bourreaux n’ont jamais la part belle et une autopsie des travers des civilisations tant occidentales que musulmanes solidement établie.

On ne pouvait pas mieux dresser et démonter les mécanismes qui, depuis plus de 50 ans, animent l’engagement armé des USA et de l’Europe dans un premier sentiment d’éradiquer terrorisme, endoctrinement sordide et intégrisme musulman dans une partie du monde toujours en friche.

C’est à travers le récent et actuel conflit irakien que Louise Caron, solidement documentée et à la plume sans concession, que nous plongeons dans les regards croisés d’anti héros américain et irakien, qui, en d’autres temps,  aurait pu se comprendre et dialoguer tout à fait pacifiquement, profondément humains, va porter ses coups et démontrer le mécanisme d’une haine irréversible.

Comment un artiste irakien  profondément pacifique, pourtant honni par son père, va basculer dans l’obscurantisme le plus radical  à la suite d’une énième bavure / abus de pouvoir d’une force américaine, qui de « sauveur » devient oppresseur ? Comment sa fiancée, pourtant rationnelle mais qui faute de l’avoir convaincu à changer ses plans, va se travestir en homme pour l’accompagner dans les camps d’entrainements des fanatiques et y suivre le même parcours ? Louise Caron nous donne toutes les clés, sans pathos, de ces changements radicaux, de l’embrigadement à la négation de tout ce qui constitue l’humanité et la raison. Et pour tout lecteur un peu impliqué dans l’actualité de ces conflits, ce parcours est si vraisemblable que c’en est criant de vérité…

C’est avec la même plume tragiquement pragmatique que l’auteure nous fait découvrir le même schéma du côté des forces américaines avec le témoignage de Niko Barnes, pauvre instrument d’une logique de l’armée américaine paradoxale qui passe d’une volonté d’entraide quasi fraternelle avec les irakiens à une répression aveugle et systématique quand elle perd pied. Un non - raisonnement qui de conflits en conflits (Afghanistan, Syrie, Irak et Vietnam en son temps), hélas, est la marque de fabrication et d’échec des Etats-Unis depuis plus d’un siècle. Comment ne pas s’attacher à ce pauvre garçon au parcours familial et amoureux désastreux, si typique de cette classe américaine la plus défavorisée socialement, traditionnelle « chair à canon » d’un pays dont elle suit traditionnellement le pseudo patriotisme et les errements politiques.

Avec de tels personnages, leur destin ne peu qu’être bousculé et s’entrechoquer, le plus souvent tragiquement et cela malgré les quelques mains tendues durant ces quelques mois que durent le roman.

Tant de questions sont ici posées avec une grande acuité ; l’intérêt de ces pseudos conflits de libération, la manipulation mentale, les excès de l’intégrisme religieux, les sacrifices que l’on est prêt à faire pour l’être aimé, le patriotisme excessif et la connaissance et le respect de l’autre, des autres cultures…

Brillant et un grand style de narration, non sans rappeler les livres de Toni Morrison. Merci pour cette découverte en mode sensible.

Tag(s) : #Partenariat Libfly

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