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a lancé courant juillet un recrutement de lecteurs "Les Explorateurs de la Rentrée" pour une lecture de 5 à 6 ouvrages de la rentrée littéraire 2014 en avant - première, j'ai eu la chance de pouvoir en faire partie.

Second avis sur un des 6 livres reçus, un roman plus que séduisant.

Quatrième de couverture :

Deux voix entrelaçées.

Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les nationaux avec la bénédiction de l'Eglise contre "les mauvais pauvres".

Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et "mauvaise pauvre", qui, soixante - quinze ans après les évènements, a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l'insurrection libertaire par laquelle s'ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d'Espagne.

Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et font apparaître l'art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

Avis et commentaires

Un roman ambitieux et un pari réussi que celui de mixer avec talent  l’Histoire de l’Europe et plus particulièrement de l’Espagne lors de l’année 1936, moment – clé s’il en est,  le récit biographique, celui de la mère de l’auteure, jeune fille dont la vie va se trouver bouleversée dans l’engagement de son frère contre Franco et celui de l’écrivain français Georges Bernanos, plutôt sensible aux idéaux nationalistes.

La narratrice, dont les souvenirs maternels ne semblent s’éclairer qu’à l’évocation de cet été 1936, va s’appuyer sur eux pour nous faire partager les bouleversements, les espoirs et la tragédie que connut l’Espagne à travers l’histoire d’un petit village, et cela de l’intérieur.

Parallèlement  mais à partir des écrits de l’écrivain français Georges Bernanos (« Grands Cimetières sous la lune »), fervent catholique, à l’époque des faits à Palma de Majorque,  c’est la partie la plus conservatrice qui est mise en avant et à mal par les faits.

 

·         Trame et personnages :

Le village natif, proche de Lérida et de Burgos,  de Montse (Montserrat Monclus Arjona, son patronyme complet), la mère de la narratrice est le condensé de tout ce qui constitue la société Espagnole des années 30 avec la prédominance écrasante de la religion catholique et une classe sociale de possédant et la classe la plus importante ; celle des gens pauvres, paysans essentiellement. Dans un tel environnement et de telles injustices sociales, c’est peu de dire que les rancœurs s’accumulent et seul l’archaïsme de la société a empêché, jusqu’en 1936, que les jeunes, sympathisant des idées communistes, anarchistes voire des deux, ne se rebellent contre leurs parents et le système qui a toujours régi les générations antérieures. Attention, il ne s’agit pas ici de la version espagnole de Don Camillo mais bien d’un véritable récit avec sa violence, ses morts et ses conflits. Deux options sont mise en avant, ici, ; tout d’abord la folie et la liberté explosant tous les repères d’un petit monde exigu quand Montse encore adolescente et son frère Josep s’enfuient, après une tentative vaine de mise en place d’un système égalitaire dans leur petit village, dans un Burgos totalement libéré et exultant et enfin le combat quasi fratricide qui va opposer Josep, l’anarchiste à Diego, le fils adoptif du hobereau local, mais communiste dans ce petit village où Montse est aussi de retour mais enceinte d’un français disparu dans les combats. Terrible aussi de ressentir comme Josep ou Diego que leurs idéaux étaient à ce point erronés et illustrés par tant d’horreur et de violence.

Le témoignage de Bernanos, à la base fervent légaliste et catholique, est quant à lui celui d’un désenchantement progressif dont les horreurs (massacres, tortures entre autres) encouragées et bénies par l’église espagnole, dans ses plus hautes sphères,  de la reprise en main et l’installation du nationalisme et du Franquisme en Espagne.

·         Contexte et véracité historique :

Pour moi ce roman biographique est tout simplement un choc tant les horreurs, les mécanismes de quasi génocide qui ont été déployé entre anarchistes, communistes et nationalistes en 1936 en Espagne m’étaient inconnus. Le rôle de l’église catholique espagnole dans les massacres et l’épuration à l’égard d’une proportion importante du peuple nécessitait un tel document, sérieusement documenté à travers les recherches historiques menées par l’auteure. C’est peu de dire que les communistes n’ont rien à envier, en termes de violence gratuite et de massacre à cette église dont on attend toujours la condamnation par Rome à ce jour.

·         Sentiment global au terme de la lecture :

Un plaisir de pouvoir trouver ainsi un livre qui constitue aussi bien un document historique, une biographie touchante, un éclairage nouveau, oh combien implacable, sur les évènements et leur déroulement dans l’Europe de la seconde guerre mondiale et l’attachement au personnage de Montse. Un roman fluide que j’ai dévoré. 

Tag(s) : #Les Explorateurs de la rentrée 2014 avec Lecteurs.com

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